21 févr. 2015

Avec un exemple très concret : un livre que Mini-K. 1 a choisi cet après-midi dans une librairie du coin...
Vendu EUR 14.90 en France, ce livre est 55.7% plus cher en Suisse.
Une très grande partie des livres que j'achetais jusqu'à aujourd'hui provenait d'un des plus gros libraires de Suisse romande, la librairie Payot. En particulier les livres pour enfants, que mes Minis-K. pouvaient choisir eux-mêmes avant de passer à la caisse. Il n'y en a pas tellement d'autres, de librairies, d'ailleurs, hormis la Fnac. Toutes les autres librairies ont plus ou moins disparu il y a quelques années... Je ne compte pas les rayons livres de grandes surfaces, qui semblent ne connaître que T'choupi, les Barbapapa et Guillaume Musso.

Relativement bien achalandée, avec des vendeurs sympathiques et connaissant assez bien leur métier, la librairie Payot était le point de chute de nombreuses balades au centre-ville en fin de semaine. Bien que les prix y soient relativement élevés, ils restaient encore acceptables. Je me disais qu'ainsi, au moins je soutenais un commerce local et la possibilité de feuilleter avec mes enfants des tas ouvrages avant de les acheter et leur donner ainsi du plaisir à découvrir de nouveaux livres, un univers de papier et d'images qui semblait aussi les émerveiller.

J'ai grandi avec plein de livres et en étant un rat de bibliothèque. J'adore toujours pouvoir me balader entre les rayons d'une librairie ou d'une bibliothèque et choisir quelques ouvrages que je pourrai explorer à la maison. Bien que je possède une liseuse électronique depuis quelques années, rien ne remplace le plaisir de faire glisser les pages sous ses doigts, sentir l'odeur du papier neuf et de l'encre, revenir en arrière et ouvrir d'autres pages pour découvrir ce qui s'y trouve. Nous lisons beaucoup à la maison : des romans, des bandes dessinées, des mangas, des essais, des biographies, des livres d'histoire, des manuels scientifiques, des magazines, des livres de cuisine, des méthodes de langue, des ouvrages de bricolage, des livres d'art, des partitions... Bref. Nous sommes de très gros clients de librairies, en ligne et en dur.

Le 15 janvier 2015, la Banque Nationale Suisse a annoncé qu'elle renonçait à sa politique de maintien d'un cours plancher du franc suisse à CHF 1,20 pour EUR 1.--. Après avoir flirté avec la parité, le cours semble se stabiliser (mais la BNS est paraît-il toujours en train d'acheter des devises en masse pour éviter la dégringolade de la monnaie européenne...) à CHF 1.06. C'est-à-dire que nous pouvons acheter plus à l'étranger avec moins.

Je comprends qu'un livre importé de France ne soit pas vendu au prix français. Le distributeur doit pouvoir gagner sa vie, et le libraire aussi. Les charges et les salaires ne sont pas les mêmes qu'en France. Mais, si je pouvais accepter des livres vendus environ 20-30% plus cher qu'en France pour soutenir le commerce local, là, on dépasse de loin la marge tolérable. D'ailleurs, une autre cliente s'est exclamée tout haut en voyant le prix d'un livre d'images que le prix était "scandaleux". Oui, je le trouve aussi scandaleux et nullement justifié.

En me rendant à la librairie Payot cet après-midi, j'ai été totalement dégoûtée par les prix pratiqués. Les prix y sont désormais en moyenne 45-55% plus élevés qu'en France. Un exemple très concret avec le livre sonore de Boucle d'Or et les trois ours que j'ai acheté pour Mini-K. 1 :

Prix en euros : 14.90   Prix en francs suisses : 23.20

Soit un prix 55,7 % plus élevé ! (Si l'on retire la TVA qu'Amazon, Decitre, Fnac et compagnie ne prélèvent pas pour les commandes à destination de la Suisse.)

Alors, oui, nous avons de meilleurs salaires en Suisse et nous payons des loyers plus élevés, mais la différence n'est pas de 55,7% (ni même de 40%, hein, ce serait quand même trop beau).

Je suis désolée pour les libraires suisses, mais ils sont dans l'obligation de s'adapter très très rapidement, faute de quoi, ils perdront même leurs plus fidèles clients et disparaîtront tous un à un. La plus grande partie de leur marchandise provient de l'Union européenne (Allemagne, France...) et y est vendue nettement moins cher. Entre vendre plus de livres au prix juste ou moins de livres à un prix exagéré et prendre le risque de ne plus pouvoir en vendre, j'espère qu'ils feront le bon choix.

Sur la version allemande d'Amazon, les livres libellés en euros en langue allemande y sont vendus non seulement hors TVA pour les clients suisses, mais avec 20% de rabais et les frais de port offerts dès EUR 25.-- ! Et sur la version française d'Amazon, les livres sont vendus avec déduction de la TVA (donc le livre ci-dessus m'aurait coûté encore moins que EUR 14.90) et 1 centime de frais de port. Pour les ouvrages en anglais, Book Depository, qui appartient aussi à Amazon, propose des prix en-dessous du prix pratiqué en Grande-Bretagne et aux États-Unis, avec les frais de port offerts.

Je sais qu'Amazon n'est éthiquement pas le meilleur vendeur de livres qu'il soit, que certaines de ses pratiques, notamment à l'égard de ses employés, ne sont pas reluisantes, mais il vient un moment où le consommateur de produits culturels, qui aime lire et qui sait ce qu'il veut lire, réfléchit aussi avec son porte-monnaie : pourquoi devrais-je acheter seulement deux livres dans une librairie suisse, alors que pour ce prix je pourrais m'en offrir un troisième ailleurs ?

En fait, il y a quand même de bonnes raisons... Pour revenir au livre de Boucle d'Or et des trois ours : en le déballant et en le lisant, nous avons constaté rapidement que l'un des boutons ne fonctionnait pas. Il suffira donc de retourner à la librairie où nous l'avons acheté pour en obtenir un autre en échange, sans avoir à payer des frais de port de retour à la poste... Mais malgré tout, ceci vaut-il les 57% de différence avec nos voisins français ?...

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