4 mai 2014

Un LLM à Berkeley, partie zéro - pas encore partie !
Pour comprendre pourquoi je m'envolerai à San Francisco dans moins de 4 jours, je vais tout vous expliquer depuis le début.

Vous vous souvenez peut-être du premier vrai article de ce blog : mon examen de TOEFL, qui s'est déroulé dans des conditions dantesques pas optimales du tout, entre un retard de presque 3 heures, le froid de canard, le vacarme incessant et l'absence totale d'informations quand le 9/10ème des ordinateurs ont planté, laissant autant de personnes sur le carreau. Le TOEFL est un examen organisé par une société privée, qui permet d'obtenir un résultat reconnu pour l'entrée dans les hautes écoles des Etats-Unis.

Donc, ayant réussi ce test, je vais rentrer dans une haute école des États-Unis dans quelques jours. Mais, ce test n'était qu'une minuscule partie des exigences demandées : quand j'ai décidé, début novembre 2013, d'essayer d'obtenir un LLM, quelque part aux États-Unis, afin de parfaire ma formation et peut-être un jour pouvoir être reçue au barreau dans ce pays, j'ai bien cru que je n'allais jamais parvenir même à déposer une candidature valable dans la moindre université, tant cela me paraissait compliqué et insurmontable. Pourtant, sans fausse modestie, j'y suis parvenue. Je vais vous expliquer comment, peut-être que cela pourrait aider quelqu'un, un jour, qui tomberait sur ce blog en errant sur Internet.

Mais qu'est-ce un LLM ?

Un LLM est un master de troisième cycle universitaire (après l'obtention du master généraliste de droit), dans un domaine spécialisé du droit, et plus particulièrement proposé dans les pays anglo-saxons et anglophones. C'est un peu le MBA du droit, y compris au niveau du coût de la cette formation. Le faire aux États-Unis peut permettre, entre autre, d'être admis, en tant que juriste étranger, aux examens des barreaux de plusieurs États, dont ceux de Californie et de New York.

En général, un LLM se déroule sur une seule année académique qui commence en septembre et se termine en mai. On y aborde un choix limité mais condensé de matières. Et cela coûte cher. En général entre USD 30'000 et USD 90'000.--. Très lucratif. Plus l'université est prestigieuse, sélective et demandée, plus ce sera cher.

L'inscription - la galère

Attirée par la formation proposée par l'université de Californie à Berkeley, qui permet d'obtenir un LLM sur deux ans consécutifs (LLM Professional Track), à raison de 2-3 mois de cours intensifs en début d'été et spécialement destinée aux professionnels étrangers du droit, qui ne peuvent s'octroyer un congé sabbatique d'une année complète, j'ai essayé de relever le défi de m'inscrire afin d'être admise à ce cursus atypique. En plus, il permet d'obtenir un certificat en Propriété intellectuelle et technologies de l'information, qui relèvent exactement de mon domaine d'activités.

Il faut savoir qu'UC Berkeley ayant été classée troisième meilleure université au monde en 2013 par le Classement de Shanghaï, ce ne sont pas les candidats qui manquent. Elle reçoit environ 1'500 candidatures par année pour ce LLM et qu'elle n'en admet pas plus de 50 à 100 selon les années, il faut pouvoir se distinguer du lot, d'une manière ou d'une autre. Ou tout simplement, s'inscrire en se disant que l'on n'a rien à perdre, sauf du temps et de l'argent au passage. Le délai d'inscription pour l'année 2014-2015 était initialement le 15 décembre 2013.

 1) S'inscrire à la LSAC

Pour s'inscrire à ce programme de LLM (ou à un autre), il ne suffit pas de remplir un petit formulaire avec son nom avec ses copies de diplômes, non, cela serait trop simple, même si c'est bien ce que l'on nous demande en Suisse. Il faut d'abord s'inscrire auprès d'une société privée (encore !) à but non lucratif, LSAC, qui réunit plus de 200 facultés de droit des États-Unis.

2) Payer des frais demandés par la LSAC

Il faut payer :
  • une taxe de dépôt de candidature(Aplication Fee), valable 5 ans, indépendante de l'université choisie : USD 75.--
  • une taxe d'"assemblage des documents" (LSAC LLM CAS Document Assembly Fee) : USD 75.--
  • une taxe d'évaluation des transcriptions de diplômes étrangers ( LSAC LLM CAS International Transcript Authentication & Evaluation Service), si l'on n'est pas diplômé des Etats-Unis, soi-disant facultative mais quasiment obligatoire si l'on veut pouvoir être sûr que sa candidature sera acceptable : USD 125.--
Il faut ensuite fournir plein de documents différents, en respectant scrupuleusement les consignes fournies.

3) TOEFL

L'UC Berkeley exige un résultat de 100 points minimum sur 120 au test de TOEFL iBT. Ce test  qui s'effectue par Internet doit démontrer que l'on a des connaissances suffisantes de la langue anglaise pour pouvoir suivre des cours de niveau universitaire. Il s'agit d'anglais académique ou spécialisé, et le test n'est pas forcément facile, même pour ceux qui comme moi pratiquent l'anglais tous les jours, car il demande d'être bon aussi bien en compréhension orale qu'écrite, en expression orale et écrite (rédaction d'une dissertation et d'un texte personnel). Ce résultat de TOEFL n'est valable que 2 ans et doit être fourni directement, par voie électronique, à la LSAC. Il faut donc passer ce test et tenir compte des délais de transmission des résultats, qui étaient d'une dizaine de jours pour moi. Ne pas oublier que ce test coûte CHF 250.--.

Ceci dit, après avoir eu des contacts préliminaires avec d'autres futurs étudiants, je dirais que le niveau d'anglais de certains laisse fortement à désirer...

4) Lettre de recommandation

Tant pis si vous venez d'un pays non-anglophone, où les professeurs de droit sont incapables de s'exprimer par écrit en anglais. On doit fournir au moins deux lettres de recommandation en anglais, que l'on n'aura bien sûr pas rédigées soi-même, dont une d'un professeur d'université dont on a suivi les cours. La lettre doit être envoyée dans une enveloppe scellée par la personne qui recommande, et qui inclut un formulaire LSAC signé qu'on lui aura fait parvenir au préalable.

J'ai dû contacter mon ancien directeur de thèse, que je n'avais pas revu depuis 3 ans, et expliquer à mon employeur les raisons pour lesquelles je souhaitais prendre 3 mois de congé non payé en 2014. Pour mon professeur d'université, aucun problème, mais pour mon employeur, qui avait déjà dû supporter deux congés maternité les deux années précédentes, c'était plus difficile...

5) Curriculum Vitae

Oubliez tous les CV que vous avez l'habitude d'envoyer à vos potentiels futurs employeurs. Pour les Américains, le CV européen n'est pas suffisant. Il faut leur expliquer également ce que l'on a fait pendant ses études, sous-entendez, toutes les activités participatives au sein de l'université. Il faut démontrer que l'on n'a pas eu un parcours ordinaire et que l'on s'est engagé pour sa communauté. Très important, la "communauté".

Un peu par hasard et sans aucun calcul, j'avais le profil parfait : j'ai fondé une association de débat politique et participé activement comme rédactrice d'un journal d'étudiants pendant mes études de droit, tout en ayant toujours fait des petits boulots d'été et des stages, même avant d'avoir décroché mon diplôme.

6) Déclaration personnelle (Personal Statement)

Si la rédaction du CV peut déjà donner des sueurs froides, la déclaration personnelle donne carrément des cheveux blancs. Rien à voir avec la lettre de motivation que l'on peut imaginer avec ses poncifs d'adjectifs louangeurs et ses phrases dithyrambiques qui alignent les compliments souvent bidons. Ici, il s'agit, sur environ 3 pages A4, de raconter pourquoi on souhaite effectuer ce LLM, en se basant sur son parcours de vie, sur ses expériences personnelles, ses aspirations futures, etc. Il faut raconter sa vie, livrer des détails intimes qui sauront toucher le lecteur (un comité de UC Berkeley). Le tout doit être dans un anglais parfait et agréable à lire.

J'ai raconté quels étaient mes liens familiaux et professionnels avec les États-Unis et ce que je comptais y réaliser, avec mes enfants auxquels je voulais donner une ouverture au monde, et quelle réponse je souhaitais apporter à la question "d'où viens-tu", que l'on me pose parfois encore.

7) Transcriptions et évaluation de diplômes internationaux

La LSAC ne vous fait absolument pas confiance. Impossible d'envoyer les copies de vos diplômes vous-mêmes librement par la poste, vous risqueriez de les falsifier. Donc, il faut que ce soit l'université elle-même, celle où l'on a obtenu ses diplômes, qui envoie directement, ou au moins fournisse sous enveloppe scellée, les papiers à la LSAC. Le tout avec les traductions en anglais de TOUT ce qui est fourni, notes y compris, et un formulaire signé à télécharger au préalable.

Quand j'ai appelé l'Université de Lausanne, la secrétaire semblait avoir parfaitement l'habitude de la procédure et s'en est chargée très efficacement, en deux jours. J'ai ensuite moi-même dû envoyer le pli scellé par courrier express recommandé à la LSAC.

Les transcriptions sont ensuite évaluées par l'AACRAO (American Association of Collegiate Registrars and Admissions Officers) qui, j'ignore par quel miracle, va évaluer la valeur de votre diplôme. Sur la base de vos notes, l'AACRAO va déterminer quel niveau de connaissance vous aviez lors de vos études, par rapport à votre volée et le classement de votre université. Comment l'AACRAO peut-elle savoir quelle était la moyenne de la volée dans laquelle j'étais et quelles exigences avaient les professeurs de Lausanne par rapport à d'autres ? Mystère. Toujours est-il qu'apparemment, j'étais "au-dessus de la moyenne". Et il a fallu presque 3 semaines pour que l'AACRAO parvienne à cette conclusion.

8) Formulaire en ligne

La candidature n'est examinée qu'après l'envoi d'un très très très long questionnaire en ligne, qui vous demande non seulement votre nom, adresse et date de naissance, mais aussi votre religion, ce que vous lisez en privé, quels sites vous fréquentez, si vous souffrez d'une maladie grave et aussi... votre "race" (texto).

Je sais bien qu'aux États-Unis, cette question est encore essentielle, dans un pays où l'on cohabite mais ne se mélange pas, mais quand même, cela choque un peu, au 21ème siècle, que l'on puisse encore parler de "race". Et il n'est pas question de juste dire que l'on est de "race" caucasienne (oui, les blancs sont caucasiens pour les Américains) ou asiatique ou africaine, il faut préciser jusqu'au pays de ses origines, même sans avoir le moindre lien autre que celui du sang avec. Il est possible de ne pas répondre à cette question, mais il vaut sans doute mieux y répondre pour ne pas avoir l'air de vouloir cacher quelque chose.

Il m'a fallu plusieurs heures pour remplir convenablement ce formulaire, très intrusif et pas forcément clair sur tous les points, dont certains ne s'appliquent pas.

Enfin, l'envoi de la candidature

Tout est virtuel et se fait en ligne. Il faut rassembler tous ses documents (CV, déclaration personnelle) en format .doc et les envoyer par Internet à la LSAC, qui se chargera de les transmettre à l'Université que l'on aura préalablement choisie sur une liste de plein d'autres universités. Le site de la LSAC est mal conçu et pas très bien organisé, étant un fouillis de tas de liens sur lesquels on ne sait pas forcément qu'il faut cliquer. J'ai choisi LLM UC Berkeley, Fall 2014, quand bien même le programme que je visais commençait au printemps 2014, en toute logique.

Et il faut s'y prendre très tôt. Il m'a fallu plus d'un mois pour effectuer toutes les étapes et rassembler toutes les pièces nécessaires, mais au 15 décembre 2013, mes transcriptions de diplômes n'étaient pas encore évaluées par l'AACRAO. J'ai eu très peur de rater le délai, mais finalement, celui-ci a été repoussé au 10 janvier 2014. En fait, il est possible de leur envoyer les transcriptions et évaluations de diplômes hors délai. Ce qui compte, c'est le formulaire en ligne accompagné du CV et de la déclaration personnelle, ainsi que du résultat de TOEFL et des lettres des recommandation.

Comment se sent-on après avoir effectué ce parcours du combattant, rien que pour l'inscription à un programme ? Bizarre. On a l'impression que la sélection s'opère sur des critères pas forcément en rapport avec les compétences des candidats :
  • ce programme de LLM est hors de prix, même quand on vient d'un des plus riches pays du monde
  • rien que le dépôt de la candidature coûte déjà plusieurs centaines de dollars en terme de frais d'inscription de candidature, d'envois par la poste et pour l'obtention d'un score de TOEFL acceptable
  • la procédure d'inscription est hyper longue et compliquée, très sévère, avec des informations lacunaires
  • tout se fait en anglais, et il faut vraiment n'avoir aucune difficulté à le comprendre pour ne pas se faire piéger par les conditions demandées
  • les délais sont courts
  • la poste américaine est catastrophique et lente, et il est possible qu'à cause d'elle des documents n'arrivent pas dans ces délais
Je ne vous raconte pas ma joie lorsque j'ai appris, à la fin du mois de janvier, que ma candidature avait été acceptée et que je pouvais me préparer à me rendre à Berkeley. Si cela vous tente, dites-vous qu'il n'y a pas besoin de faire appel aux services de tiers (il existe des petits malins qui en ont fait leur gagne-pain...), même si cela vous paraît ultra-compliqué. Lisez toutes les consignes attentivement et effectuez chaque étape lentement, soigneusement, quitte à vous relire plusieurs fois. Si j'y suis arrivée, pourquoi pas vous, hein ?

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